Можe г курс французского языка в 4-х томах 3-e изд стeр том 4 пeрeвод цывьяна л м спб издатeльство лань 2002 480 с 53 |

* * *   M. France disait (et l’on a reproduit ce jugement): «Bourdelle est le plus  grand artiste de notre temps, le plus grand, le plus haut, le plus fort. Y a-t-il  eu, dans l’histoire des arts, un genie createur plus fecond et plus puissant?  Je ne lui connais qu’un defaut, qui est de concevoir quelquefois au-dela du  possible. C’est un noble defaut*.»  * * *   «Helas, m’a dit Bourdelle, pourquoi vieillir si vite? Quand on  commence a apprendre son metier, il faut disparaitre. Si quelque magicien  venait me proposer de prolonger ma vie, s’il m’etait donne d’exister trois  cents ans, j’accepterais aussitot. Les souffrances, les tristesses, les  angoisses ne sont rien devant le travail, la joie du travail.’ Ce ne serait pas  trop de ces trois cents annees pour realiser toutes les maquettes2 qui  m’entourent. L’homme n’existe seulement que lorsqu’il va s’eteindre.  * * *   Dans ses vetements de maitre-ouvrier, voici Bourdelle, petit, trapu,  immense front denude, barbe drue de marin aux reflets bleus, nez puissant,  levres charnues, regard aimable, rieur, et tout a coup dur et percant lorsqu’il  veut observer.

 

Au cours d’un recit, une ride creuse parfois ses traits et leur  donne un aspect tragique. Mais de sa main un peu grasse, aux doigts qui  vont s’effilant, il calmait son visage et lui rendait son harmonie.   Antoine Bourdelle se leve a quatre heures du matin. Il peint, dessine,  ecrit, jusqu’a l’heure ou les hommes s’eveillent. Il gagne alors ses ateliers,  devient sculpteur jusqu’a la tombee du jour. Il se repose d’un labeur dans un  autre labeur, guide ses eleves et, tout en travaillant, leur prodigue les  tresors tumultueux de sa pensee.

 

Le soir, il reprend sous la lampe les  papiers qu’il avait abandonnes le matin. Les tiroirs sont pleins de  compositions de toutes sortes, de manuscrits, de projets. Non, sans doute,  ce ne serait pas trop de ces trois cents annees…  434    Visages! visages synthetiques des dieux, visages multiples des hommes.  Visage hautain et meprisant d’Ingres, triste du docteur Koeberle’1, calme  d’Anatole France, massif de Rodin, soucieux de Beethoven, reflechi de  Rembrandt, pensif de Frazer4 digne et juvenile* d’Edouard5 et Tristan  Cortiiere6. Douceur et beaute des visages de femmes.  * * *   «Ce n’est pas du dehors, a declare Antoine Bourdelle, qu’il faut modeler  un buste. C’est du dedans.

 

L’architecture osseuse, habitacle de la pensee,  d’abord.

 

Ensuite, le vetement de chair, eclaire par l’esprit et anime par le  conflit des passions et de la volonte. Encore n’est-ce pas suffisant. Il faut,  en sus, la communion intellectuelle et sensible de l’artiste et de son modele.  Cela, c’est le mystere de l’art, qui ne souffre pas l’arbitraire.»  CLAUDE AVELINE.

 

Les Muses melees (1926).  Примечания:   l. Анатоль Франс, автор «Красной лилии», «Острова пингвинов».

 

«Восстания ан-  гелов» и др.

 

2. Эскизы скульптур.

 

3. Знаменитый французский хирург (1828 — 1915).  4. Шотландский фольклорист (1854 — 1941). 5.

 

Эдуард Корбьер (1793 — 1875). просла-  вился как моряк и романист. 6. Тристан Корбьер (1845 — 1875), сын Эдуарда Корбьера,  поэт, принадлежавший к группе т.н. «проклятых поэтов», автор стихотворного сбор-  ника «Желтые любови».  Вопросы:  * On cherchera, dans l’?uvre de Bourdelle, des exemples illustrant ce «noble defaut».  ** On examinera la precision de chacune de ces epithetes.

 

WATTEAU (1684-1721)  IL est le Mozart de la peinture francaise, et peut-etre de la peinture tout court.  Comme l’auteur des Noces de Figaro, il eut une vie maladive et une destinee  trop breve; comme lui, il sut pourtant cacher son mal sous un sourire d’une  grace presque irreelle; comme lui, il peupla notre univers de creatures  imponderables et l’orna de sa fantaisie ailee; comme lui, il fit de la «fete  galante» le divertissement supreme de l’ame; avec lui, et avec Marivaux peut-  etre, il fut l’incarnation la plus pure du plus raffine de tous les siecles.

 

435  %    Watteau, peintre ideal de la Fete jolie,  Ton art leger fut tendre et doux comme un soupir,  Et tu donnas une ame inconnue au Desir  En l’asseyant aux pieds de la Melancolie1  Tes bergers fins avaient la canne d’or au doigt;  Tes bergeres, non sans quelques facons hautaines,  Promenaient, sous l’ombrage ou chantaient les fontaines,  Leurs robes qu’effilait2 derriere un grand pli droit…

 

Dans l’air bleuatre et tiede agonisaient les roses;  Les c?urs s’ouvraient dans l’ombre au jardin apaise»  Et les levres, prenant aux levres le baiser,  Fiancaient l’amour triste4 a la douceur des choses.  Les Pelerins s’en vont au Pays ideal5…  La galere doree abandonne la rive;  Et l’amante, a la proue, ecoute au loin, pensive,  Une flute mourir, dans le soir de cristal…

 

Oh! partir avec eux par un soir de mystere,  О maitre6, vivre un soir dans ton reve enchante!  La mer est rose… Il souffle une brise d’ete,  Et, quand la nef7 aborde au rivage argente,  La lune doucement se leve sur Cythere*.   ALBERT SAMAIN. Le Chariot d’Or (1901)..  Примечания:   1. Уже Верлен отметил в «Галантных праздненствах» (особенно в «Лунном Све-  те») тесную связь наслаждения и печали, которую он считал одной из характерных  особенностей французского XVIII в. 2.

 

Автор несомненно хочет сказать, что большая  прямая складка сзади на платье создает ощущение тонкой талии и придает фигуре  изящество. 3. В саду, успокоившемся в тишине ночи. 4. См.прим. 1.

 

5. На сей раз на-  мек на знаменитую картину Ватто «Отплытие на остров Киферу», которая называется  также «Отплытие на остров любви» 6. Поэт обращается к Ватто.

 

7. Корабль (поэт.).  Вопросы:   * On montrera que cette piece vaut, en particulier, par l’harmonie des vers.  436    MELANCOLIE DE DELACROIX  (1799-1863)  ON connait le vers de BAUDELAIRE:  «Delacroix, lac de sang hante de mauvais anges.»  // ne dit pas seulement l’admiration du poete pour le peintre.

 

Il explique aussi  la raison secrete de cette admiration: la parente d’ames entre les deux artistes,  cette «melancolie» incurable qui rongeait leur c?ur a tous deux…

 

Il me reste, pour completer cette analyse, a noter une derniere qualite  chez Delacroix, la plus remarquable de toutes, et qui fait de lui le vrai  peintre du xixe siecle: c’est cette melancolie singuliere et opiniatre qui  s’exhale de toutes ses ?uvres, et qui s’exprime et par le choix des sujets, et  par l’expression des figures, et par le geste, et par le style de la couleur.  Delacroix affectionne Dante et Shakespeare, deux autres grands peintres de  la douleur humaine; il les connait a fond, et il sait les traduire librement.

 

En contemplant la serie de ses tableaux, on dirait qu’on assiste a la  celebration de quelque mystere douloureux: Dante et Virgile, le Massacre  de Scio, le Sardana-pale, le Christ aux Oliviers, le Saint Sebastien, la  Medee, les Naufrages, et l’Hamlet si raille et si peu compris. Dans  plusieurs on trouve, par je ne sais quel constant hasard, une figure plus  desolee: plus affaissee que les autres, en qui se resument toutes les  douleurs envirohnantes; ainsi la femme agenouillee, a la chevelure  pendante, sur le premier plan des Croises a Constantinople; la vieille, si  morne et si ridee, dans le Massacre de Scio.

 

Cette melancolie respire  jusque dans les Femmes d’Alger, son tableau le plus coquet et le plus fleuri.  Ce petit poeme d’interieur, plein de repos et de silence, encombre de riches  etoffes et de brimborions de toilette, exhale je ne sais quel haut parfum de  mauvais lieu qui nous guide assez vile vers les limbes insondes de la  tristesse. En general, il ne peint pas de jolies femmes, au point de vue des  gens du monde toutefois. Presque toutes sont malades, et resplendissent  d’une certaine beaute interieure.

 

Il n’exprime point la force par la grosseur  des muscles, mais par la tension des nerfs. C’est non seulement la douleur  qu’il sait le mieux exprimer, mais surtout — prodigieux mystere de sa  peinture — la douleur morale! Cette haute et serieuse melancolie brille  d’un eclat morne, meme dans sa couleur, large, simple, abondante en  masses harmoniques comme celle de tous les grands coloristes, mais  plaintive et profonde comme une melodie de Weber*.

 

CHARLES BAUDELAIRE. L’Art romantique: Salon de I84b.  437    Примечания:   1.

 

Преддверие рая, куда теологи помешают младенцев, умерших до крещения.  2. Обладающая способностью вибрации, которая сливается с основным тоном.  Вопросы:  * Quelles sont, d’apres cette page, les oualites de Baudelaire, critique d’art?  DAUMIER (1808-1879)  Au pays de la satire et de l’ironie, de Montesquieu et de Voltaire, dans cette  France ou, dit-on, «le ridicule tue», on n’est pas etonne de voir une foule de  peintres et de dessinateurs mettre leur talent au service de la caricature ou de  la charge.  Daumier est, assurement, le plus grand de tous.   Parler de Gavarni et de Forain1 a propos de Daumier, c’est tout  confondre. Gavarni, tout aimable, feru d’elegance, spirituel, est le crayon  meme du Boulevard, sous le regne d’Orsay et de Morny2; mais il a’ peu de  caractere, ayant peu de force. Forain a du caractere et beaucoup de trait;  mais jusque dans son dessin, on sent quel peintre mediocre il a toujours  ete: Forain est homme de lettres autant que personne.   Ni Forain ni Gavarni n’ont rien de ce qui fait la superiorite premiere de  Daumier: la grandeur et la generosite. Je ne cesse d’observer la racine  commune de la generosite et du genie. Encore Gavarni est-il sans aretes et  sans fiel; Forain au contraire est mechant a l’exces; le meme homme que  Chamfort, avec un cerveau moins solide. Pour plaindre le Apauvre, il faut  qu’il assassine le riche. Il n’aimerait pas Jesus, s’il n’avait d’abord Judas  a hair. A mes yeux, il les meconnait ou les meprise ensemble. Il est celui  qui mord toujours. Les neuf dixiemes de ses legendes sont les empreintes  d’une dent cariee. Il parait ne pour la haine, la meme ou il n’est pas  haineux. L’affreux mot de rosserie3, tout grele4 de rancune et muscle de  ruades, a ete fait pour lui. Peut-etre, ne trouverait-on pas dans l’?uvre  immense de Daumier une seule sortie, un seul hennissement de la rosse».  — Daumier, comme il est grand, est bon sur toute chose.

 

Nulle secheresse, en  lui; tout est large, tout est chaud; tout est don*. D’ailleurs, Daumier a l’?il  terrible du sculpteur: il va saisir le fond de l’homme; sa main puissante et  ,juple le ramene et l’incorpore a la glaise. Les bustes de Daumier sont  438    l’horreur du reel est sauvee par la majeste du style. Et l’homme y semble  contraint de se confesser  «Tel qu’en lui-meme enfin sa -passion le change .»  ANDRE SUARES. Marsiho.  .Примечания:   1. Знаменитые французские графики и карикатуристы XIX в. 2. Т.е в период Вто-  рой империи. 3. Остроумное, но язвительное и обидное слово. 4 Букв, щербатое, изъ-  еденное 5 Клячи (но как прилагательное rosse означает «едкий, язвительный»).  6. Строка из стихотворения Малларме «Могила Эдгара По».  Вопросы:  * En quoi consiste, selon Andre Suares, la generosite de Daumier?   SUR UN PORTRAIT DE BERTHE  MORISOT PAR EDOUARD MANET  (1832-1883)  EDOUARD MANET est le premier des tres grands artistes modernes. Le  premier en date, au moins, car, dans le refus de l’academisme, certains, apres  lui, sont alles plus loin encore. Mais c’est lui qui avait donne le signal: et, a cet  egard, il reste le Maitre par excellence.   Je ne mets rien, dans l’?uvre de Manet, au-dessus d’un certain portrait  de Berthe Morisot1, date de 1872.   Sur le fond neutre et clair d’un rideau gris, cette figure est peinte: un peu  plus petite que nature.   Avant toute chose, le Noir, le noir absolu, le noir d’un chapeau de deuil  et les brides de ce petit chapeau melees de meches de cheveux chatains a  reflets roses, le noir qui n’appartient qu’a Manet, m’a saisi.   Il s’y rattache un enrubannement large et noir, qui deborde l’oreille  gauche, entoure et engonce le cou; et le noir mantelet qui couvre les  epaules, laisse paraitre un peu de claire chair, dans l’echancrure d’un col de  linge blanc.

 

Ces places eclatantes de noir intense encadrent et proposent un visage  aux trop grands yeux noirs, d’expression distraite et comme lointaine.

 

La  439    peinture en est fluide, et venue, facile, et obeissante a la souplesse de la  brosse; et les ombres de ce visage sont si transparentes, les lumieres si  delicates que je songe a la substance tendre et precieuse de cette tete de  jeune femme par Vermeer, qui est au musee de La Haye.   Mais ici l’execution semble plus prompte, plus libre, plus immediate. Le  moderne va vite et veut agir avant la mort de l’impression*.

 

La toute-puissance de ces noirs, la froideur simple du fond, les clartes  pales ou rosees de la chair, la bizarre silhouette du chapeau qui fut a la  derniere mode et » jeune «; le desordre des meches, des brides, du ruban,  qui encombrent les abords du visage; ce visage aux grands yeux, dont la  fixite vague est d’une distraction profonde et offre en quelque sorte, une  presence d’absence — tout ceci se concerte et m’impose une sensation  singuliere…

 

de poesie -, mot qu’il faut aussitot que je m’explique.   Mainte toile admirable ne se rapporte’ necessairement a la poesie. Bien  des maitres firent des chefs-d’?uvre sans resonance.   Meme, il arrive que le poete naisse tard dans un homme qui jusque-la  n’etait qu’un grand peintre. Tel Rembrandt, qui, de la perfection atteinte des  ses premiers ouvrages, s’eleve enfin au degre sublime, au point ou l’art  meme s’oublie, se rend imperceptible, car son objet supreme etant saisi  comme sans intermediaire, ce ravissement absorbe, derobe ou consume le  sentiment de la merveille et des moyens.

 

Ainsi se produit-il parfois que  l’enchantement d’une musique fasse oublier l’existence meme des sons.   Je puis dire a present que le portrait dont je parle est poeme.

 

Par  l’harmonie etrange des couleurs, par la dissonance de leurs forces, par  l’opposition du detail futile et ephemere d’une coiffure de jadis avec je ne  sais quoi d’assez tragique de l’expression de la figure, Manet fait resonner  son ?uvre, compose4 du mystere a la fermete de son art. Il combine a la  ressemblance physique du modele, l’accord unique qui convient a une  personne singuliere, et fixe fortement le charme distinct et abstrait de  Berthe Morisot**.  PAUL VALERY.

 

Pieces sur l’Art (1934)..

 

Примечания:   1. Берта Моризо (1841 — 1895) — французская художница-импрессионистка 2. Ко-  роткая накидка, которую носили в ту эпоху женщины.

 

3.

 

Не соотносится, не созвучно.  4. Combine = associe etroiteinent.  440    Вопросы:  * Par quels procedes l’ecrivain rend-il sensible le jeu des clairs-obscurs chez Manet?

 

** Comparez le texte de Valery au portrait qui l’a inspire.  LES NYMPHEAS1 OU LES SURPRISES  D’UNE AUBE D’ETE  CLAUDE МОНЕТ (1840-1926) avait, des 1898, commence la serie des fameux  Nympheas. Or, l’ensemble decoratif qu’on -peut admirer sous ce nom au musee  de l’Orangerie, dans le jardin des Tuileries, le -peintre n’en fit don a l’Etat  qu’en 1923. C’est assez dire que ce theme ne cessa d’occuper (et meme  d’obseder) toute la derniere partie de la vie de l’artiste.  Des deux salles ou sont exposes les Nympheas, ANDRE MASSON a pu ecrire  qu’elles constituaient «la Sixtine de l’Impressionnisme». On ne saurait situer  avec plus de force l’importance du chef-d’?uvre de Monet.  «Il n’y a point de Polype , ni de Cameleon, qui fuisse changer de couleur aussi souvent  que l’eau.»  (JEAN-ALBERT FABRICIUS, Theologie de l’Eau, trad. /747, P.

 

98.)   Les nympheas sont les fleurs de l’ete.

 

Elles marquent l’ete qui ne trahira  plus. Quand la fleur apparait sur l’etang, les jardiniers prudents sortent les  orangers de la serre. Et si des septembre le nenuphar defleurit, c’est le signe  d’un dur et long hiver. Il faut se lever tot et travailler vite pour faire,  comme Claude Monet, bonne provision de beaute aquatique, pour dire la  courte et ardente histoire des fleurs de la riviere.   Voici donc notre Claude parti de bon matin. Songe-t-il en cheminant  vers l’anse des nympheas que Mallarme, le grand Stephane, a pris, en  symbole de quelque Leda» amoureusement poursuivie, le nenuphar blanc?  Se redit-il la page ou le poete prend la belle fleur «comme un noble ?uf de  cygne…

 

qui ne se gonfle d’autre chose sinon de la vacance exquise de  soi4″… Oui, deja tout a la joie d’aller fleurir sa toile, le peintre se demande,  plaisantant avec «le modele» dans les champs comme en son atelier:  Quel ?uf le nenuphar a-t-il fondu la nuit?  Il sourit d’avance de la surprise qui l’attend.

 

Il hate le pas. Mais:  Deja la blanche fleur est sur son coquetier.  441     Et tout l’etang sent la fleur fraiche, la fleur jeune, la fleur rajeunie par la  nuit. Quand le soir vient — Monet l’a vu mille fois — la jeune fleur s’en va  passer la nuit sous l’onde. Ne conte-t-on pas que son pedoncule5 la rappelle,  en se retractant, jusqu’au fond tenebreux du limon? Ainsi, a chaque aurore,  apres le bon sommeil d’une nuit d’ete, la fleur du nymphea, immense  sensitive des eaux, renait avec la lumiere, fleur ainsi toujours jeune, fille  immaculee de l’eau et du soleil.   Tant de jeunesse retrouvee, une si fidele soumission au rythme du jour  et de la nuit, une telle ponctualite a dire l’instant d’aurore, voila ce qui fait  du nymphea la fleur meme de l’impressionnisme*. Le nymphea est un  instant du monde. Il est un matin des yeux. Il est la fleur surprenante d’une  aube d’ete (…).   Le monde veut etre vu: avant qu’il y eut des yeux pour voir, l’?il de  l’eau, le grand ?il des eaux tranquilles regardait les fleurs s’epanouir. Et  c’est dans ce reflet — qui dira le contraire? — que le monde a pris la  premiere conscience de sa beaute.

 

De meme, depuis que Claude Monet  a regarde les nympheas, -les nympheas de l’Ile-de-France sont plus beaux,  plus grands**. Ils flottent sur nos rivieres avec plus de feuilles, plus  tranquillement, sages comme des images de Lotus-enfants. J’ai lu, je ne sais  plus ou, que dans les jardins d’Orient, pour que les fleurs fussent plus  belles, pour qu’elles fleurissent plus vite, plus posement, avec une claire  confiance en leur beaute, on avait assez de soin et d’amour pour mettre  devant une tige vigoureuse portant la promesse d’une jeune fleur deux

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